Qu’on ne s’y trompe pas : Mardi Gras c’était… le 6 février ! On va dire que j’ai du recul sur la situation au moins :P
Juste une parenthèse, cela fait tellement longtemps que je n’étais pas venue sur mon propre blog que je n’avais pas vu qu’ils m’avaient collé de
la pub… enfin, rien n’est gratuit.
Comment raconter Mardi Gras ? …
D’abord ça dure presque un mois. A la Nouvelle Orléans on ne plaisante pas et trois semaines de festivités c’est le minimum
syndical avant d’envisager un carême ! Ca commence par quelques parades, de jour surtout, et le week-end. Puis les six derniers jours une vague de démence s’abat sur la ville, plus rien
d’autre ne se passe, des chars aux mille couleurs sillonnent les rues, des fous trinquent à toute heure du jour et de la nuit, le coup pliant sous
les colliers, et les enfants crient « beads ! beads ! gimme some beads ! ».
Zulu Parade
Avant toute chose, vocabulaire :
A krewe : une « équipe » du
carnaval, une sorte d’équivalent des écoles de salsa à Rio
A float : un char, leur conception prend souvent toute l’année, il y a
des thèmes par krewe et par année, les gens dessus sont souvent masqués et lancent à la foule en délire des…
Beads : perles ou colliers de perles, de toutes les couleurs, certains plus sophistiqués avec des fleurs de lys, des cœurs
Sexy...
Par ailleurs les couleurs de Mardi Gras sont le vert, le violet et le jaune. Les krewes sont composées pour la plupart de riches blancs car participer coûte très
cher –j’ai entendu du 12,000 dollars par an mais il y a apparemment plus ou moins cher. Chaque année, un homme est nommé Roi, il a donc la chance de se pavaner sur un char des heures durant,
debout, l’air un tant soit peu niais, et il doit faire des signes de la main à la populace. Ne rigolez pas, ils se battent pour ça.
Le Roi... cool hein ?
Cela me fait venir à l’envers de Mardi Gras… Bien sûr, on rit beaucoup, on boit beaucoup, on dort peu et on récolte des saletés en
tout genre. Les chars sont beaux, des fanfares passent entre eux, c’est un beau spectacle.
Mais cela ne doit pas faire oublier qu’à leurs origines les krewes étaient globalement des bandes de fachos, certaines assez proches du Klu Klux Klan et qu’encore dans les temps modernes,
certaines ont été temporairement interdites pour racisme. Aujourd’hui encore, si la discrimination est officiellement interdite, vous ne verrez aucun noir sur un char à part dans le Krewe Zulu,
qui est plutôt noir-mixte.
Ensuite quand on se pose deux minutes et qu’on prend un peu de distance, l’idée est quand même relativement politiquement
incorrecte. Alors que généralement le carnaval est le défouloir, le moment où riches et pauvres se mélangent pour s’encanailler derrière des masques, il semble qu’à la Nouvelle Orléans il
permette aux riches d’être rois pour quelques jours. Car enfin, se mettre sur un char, une couronne sur la tête et balancer des cacahuètes aux masses suppliantes… un peu limite non ? Eh bien
ici ça ne choque pas grand monde.
Night Parade
Au début je me suis vraiment beaucoup amusée. J’ai récolté tellement de colliers que cela me faisait un manteau et que j’ai failli étouffer dedans (véridique), j’étais un peu émerveillée. On aime
ou on n’aime pas mais il est vrai que voir Bourbon St regorger de touristes, de jeunes filles peu pudiques montrant leurs seins –en plein mois de février- pour une peluche, chanter « Mardi
Gras Mambo » à tue-tête et manger du King’s Cake a quand même quelque chose de profondément « neworleanian ».
Puis j’ai saturé.
Je suis allée à une night parade où l’ambiance m’a semblée électrique, on nous jetait les colliers dessus –je m’en suis pris un dans la lèvre, c’est très douloureux- plus qu’on ne nous les
donnait, la foule était oppressante. Et puis il faut pas oublier que New Orleans c’est pas le pays de Candy, même pendant Mardi Gras. Aussi n’étais-je pas complètement parano et il y a eu une
fusillade à peu près à l’endroit où nous étions une demi-heure après notre départ.
Cela m’amène à la sécurité… ou justement le caractère non lisse de Mardi Gras. Il y avait de la police, d’accord, m’enfin elle est tolérante. La
ville devient vraiment un bordel sans-nom. Les gens montent sur les lampadaires –qu’ils tordent-, boivent comme des trous dans la rue –il est normalement interdit aux US d’avoir un récipient
d’alcool ouvert sur la voie publique-, s’exhibent, jettent des bouteilles…
Je pensais que les Ricains allaient faire une sorte de Disneyland temporaire… enfin j’avais oublié que j’étais à la Nouvelle Orléans quoi. Les gens eux-mêmes sont complètement timbrés, ils
emmènent leurs mômes, parfois leurs nouveau-nés, qui se prennent des coups, des colliers, subissent un vacarme incroyable.
Wassup man?
Donc j’ai fait un break. Je ne suis pas sortie le jour de Lundi Gras –ce qui est une faute de goût impardonnable ici- afin
d’apprécier vraiment le bouquet final.